07/01/2007

Que reste-t-il à gagner?

De tout temps les femmes ont été maintenues dans des statuts subalternes de dépendance et de soumission, reléguées aux tâches privées, exclues de la sphère publique, de la prise de décision, contraintes de travailler plus dur pour des conditions d’emploi et de rémunération plus médiocres que les hommes. Contraintes aussi d’assumer à la fois le travail hors de la maison et souvent la totalité du travail domestique. Aliénées à l’extrême, sans droit de contrôle même sur leur fécondité, privées de la liberté de jouir librement de leur propre corps…

 

Il fallait qu’elles prennent les choses en mains, qu’elles s’opposent à l’oppression, qu’elles obtiennent l’égalité des droits et l’égalité de traitement en toutes matières.

 

- A travail égal, salaire égal !

- Liberté de la contraception et de l’avortement.

- Egalité politique.

- Partage du temps de travail et partage des tâches ménagères.

 

La route a été longue et nous ne sommes pas encore arrivé au bout.

Il a fallu réfléchir, manifester, s’opposer violement à la répression. Elles se sont entendues dire qu’à réclamer l’égalité elles allaient perdre leur identité de femme. Mais toutes blondes qu’elles fussent, elles maîtrisaient les mathématiques. Et savaient que le contraire de « égal » n’est pas « différent » mais est « inégal », qu’il fallait revendiquer l’égalité et la différence.

 

En Belgique les grévistes de la Fabrique Nationale ont donné une forte impulsion au mouvement féministe. Sur les trottoirs, les hommes regardaient défiler leurs compagnes et leurs sœurs, ils leurs donnaient raison, mais ils étaient peu à les rejoindre.

 

Le mouvement pour la liberté de l’avortement a gagné une ampleur inouïe, la population, les femmes en tête, a renversé les structures rétrogrades d’une société trop vieille. Ce fut l’emballement pour la liberté de mœurs, les vieilles institutions n’en touchaient plus une, tout dans la société explosait contre elles.

 

Les femmes ont pensé leur condition, ont pris les choses en mains et ont inventer une place pour elles dans une société qui ne les considéraient pas comme citoyennes à part entière.

Symboliquement elles ont gagné sur toute la ligne. Dans les fait, rien n’est acquis. Certes, elles jouissent de droits théoriques, elles ont gagné le droit à la parole, leurs droits politiques. L’avortement est dépénalisé, leur intégrité physique et morale est garantie par la loi. Mais le partage des taches ménagères n’est pas réalisé, surtout dès la naissance du premier enfant. Elles sont toujours moins payées que les hommes pour un même travail. Elles sont surreprésentées parmi les chômeurs. Elles restent les principales victimes de la violence faite aux personnes. Elles sont sous-représentées à tous les niveaux de décision et de pouvoir. Et la liste peut s’allonger indéfiniment.

 

Pourtant, les rapports entre les hommes et les femmes ont changé profondément, sous l’effet de la lutte des femmes. Parce qu’elles ont décidé de mettre un terme à leur oppression. Maintenant elles peuvent dire non quand elles ne veulent pas, et elles le font. Elles sont devenues capables d’autonomie, financière, décisionnelle et affective.

 

Ce chemin elles l’ont fait seules, les réflexions et les actions qui les ont mené ici, ont été faites par les femmes et pour les femmes. Et les conditions de départ étaient tellement accablantes que le chemin parcouru en quelques années est étonnant.

 

Mais voilà, il est temps à la fois de faire le bilan et de regarder ce qui fait défaut. Au-delà des défaites, au-delà de ce qui n’a pas abouti ou de ce qui ne restent que des acquis de principe, il y a des écueils profonds. Des écueils que l’on doit autant à la force et la violence des réalités sociales dont les femmes voulaient se libérer, que du manque d’engagement des hommes dans le processus d’émancipation.

 

La place des femmes dans la société et auprès de leurs frères et compagnons a été repensée et a changé. Les rapports sociaux dans lesquels sont pris les femmes ont changé. Mais la place des hommes dans ces configurations est restée presque identique. Ils n’ont pas fait le chemin avec leurs sœurs et leurs compagnes. Elles ont avancé et eux non, ils sont restés en arrière sur la route.

 

Aujourd’hui, face aux femmes, à leurs droits acquis, à leur droit de parole, à leur autonomie dans tous les domaines de la vie, les hommes sont perdus. Ils n’ont pas trouvé leur place et aucune place n’a été pensée pour eux. Ni par eux, ni par les femmes.

 

Ici, c’est cette question que je voudrais envisager. Quelle place les hommes doivent-ils aujourd’hui trouver auprès de leurs sœurs et de leurs compagnes. Parce ce que ce que nous vivons aujourd’hui, hommes et femmes, dans la vie affective, dans la vie au travail, dans les loisirs, dans les foyers, avec nos enfants, c’est une situation aliénante où personne ne semble trouver son compte et où le mode de relation semble bien plus basé sur le conflit et le reproche mutuel que sur la fraternité, la coopération, la solidarité et l’amour.

 

« Tu as voulu ta liberté, et bien démerde-toi » disent-ils. (Sur l'air puant de "être une femme libéré... gna gna gna")

 

« Assume et écrase-toi » disent-elles.

 

Moi j’ai juste envie de lui dire que je l’aime et que je veux former avec elle, avec elles, un groupe solide et égalitaire (disons solid-aire) dans lequel elle et moi sommes libres, sereins et heureux. Je veux de la fraternité et de l’amour. Je veux que ce que nous bâtissions ensemble soit la voie de notre émancipation, même l’un de l’autre.

 

Tout reste à inventer. Le mouvement féministe n’a pas permis qu’une place se libère pour cela. Parce que les hommes ne s’y sont pas suffisamment engagés en tant qu’hommes. Parce que quand ils se sont battus auprès de leurs sœurs c’était pour elles en s’oubliant eux.

 

A nous maintenant, main dans la main avec nos soeurs et nos compagnes, de faire le chemin qui nous rendra la liberté et nous permettra de ne plus souffrir de l’existence de l’amour.

 

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