13/01/2007

Les femmes enlèvent plus leurs enfants que les hommes.

¿Por qué las madres raptan más que los padres? Why?

Pourquoi les mères enlèvent-elles plus leurs enfants que les pères ne le font?

I don’t know, je ne sais pas, no lo sé, ik weet het niet.

Mais j’ai une idée à ce sujet. Ce n’est pas du tout une idée fondée, c’est juste une réflexion. Une hypothèse, si on veut…

Ce que j’en pense vient de mon expérience personnelle et aussi de ce que je crois savoir de la façon dont change la situation des femmes qui vivent en couple lorsqu’elle et lui ont un ou des enfants.

Quand j'ai connu la mère de mes enfants et que j'ai emménagé avec elle, j'étais surpris qu'elle s'affaire à laver le sol à l'eau une fois par semaine. Moi qui ai vécu dans des fermes, j'ai plutôt tendance à négliger cet aspect des tâches du foyer. Cependant elle avait l'air d'y tenir. Un jour d'été, elle travaillait et j'étais à la maison. Et j'entrepris de passer l'aspirateur et de nettoyer le sol à l'eau. Pas que j'estimais que c'était nécessaire, loin de là, mais seulement que j'estimais que si cela faisait partie des tâches à faire, il n'y avait pas de raison qu'elle le prenne en charge seule. Quand elle est rentrée, elle a constaté que c'était propre (moi je ne voyais pas la différence) et sa réaction a été surprenante pour moi. Plutôt que d'apprécier que je prenne en charge cette tâche importante pour elle et ridicule pour moi, elle m'a dit : "je n'aime pas t'imaginer une serpillière à la main, ce n'est pas viril". Je suis d'abord resté coi. Vexé qu'elle n'apprécie pas et bousculé dans les convictions féministes qui ont forgé le parcours qui a fait un homme de l'enfant que j'étais. Après un moment, j'ai réagit en lui disant que je ne pensais pas que les femmes étaient nées avec un capital génétique qui les prédisposaient plus aux tâches ménagères que les hommes. Elle n'en démordait pas, mais elle fini, à la longue, par trouver commode de se départir de cette activité une fois sur deux. J'ai fini par imposer doucement un partage relativement équitable des tâches à la maison. Ce qu'elle refusait que je fasse, c'est la lessive. Parce que ses vêtements lui paraissaient trop précieux pour m'en confier les soins. Soit, pourquoi pas. Nous avons trouvé un équilibre là-dedans parce que du coup je mettait un point d'honneur à être plus assidu à d'autres tâches comme le nettoyage des chiottes (tâche éminemment féminine à en croire ce qui se passe dans la plupart des foyers).

Mais dès la naissance de notre premier enfant, les choses ont basculé. Bien que je savais, parce que je l'avais lu dans des enquêtes féministes sur le partage des tâches, que l'arrivée d'un enfant plongeait la femme dans les activités du foyer et renvoyait l'homme à l'extérieur, rien n'y a fait. C'est comme ça que ça s'est passé pour nous aussi.

D'abord son congé de maternité et mon entrée dans la vie professionnelle ont coïncidés. Donc elle était à la maison, à s'occuper du bébé et moi je travaillais. Donc quand je rentrais, tout était fait. Désireuse de se consacré à l'enfant, elle a prolongé son congé de maternité par un congé parental d'éducation (c'est un truc français qui permet à un parent d'être indemnisé jusqu'à trois ans pour l'éducation d'un enfant en bas age). Elle était fonctionnaire de l'état depuis plusieurs années et pensait qu'une pose dans sa carrière lui ferait du bien. Moi au contraire qui n'avait jamais été salarié, j'entrais donc dans la vie active. Autant dire qu'à partir de là, je me suis limité à faire le repas, les courses et à passer l'aspirateur une fois sur dix. Quand j'étais présent à la maison (le soir, les week-end) je prenais en charge les soins à l'enfant.

Progressivement, elle a perdu son autonomie financière. La totalité de son indemnité parentale passait dans le loyer et les charges, je prenais donc à mon compte tout le reste. Cela n'est pas sensé changer grand-chose. Elle avait 700 euro et moi 1500, j'aurais pu payer le loyer et les charges moi-même. Mais ça ne s'est pas fait comme ça. Donc pour toutes nos dépenses courantes, c'est ma carte bancaire qui tournait. Je lui laissais du liquide pour ses besoins et ses envies et pour ne pas avoir de contrôle sur ses achats. Mais voilà, dans les faits son autonomie financière était réduite. Il est arrivé qu'elle estime qu'il était utile d'acheter un meuble ou je ne sais quoi. Pour ça il fallait qu'elle m'en parle et qu'elle obtienne de moi que j'y consente. Si elle avais gardé ses 700 euro et que j'avais amputé mon salaire du loyer et des charges, ç'aurait été différent. Là, il m'est arrivé de céder à contre coeur. Je cédais généralement pour la seule raison qu'elle était de fait coincée financièrement et que je savais que si elle avait jouit de son autonomie financière elle ne m'aurait pas demandé mon avis. Ce que j'estimais légitime.

Bref, tout ça pour dire qu'à partir de ce moment, je travaillais, elle non, elle assumait la quasi totalité de ce qu'il y avait à faire au foyer et elle était dépendante de moi financièrement.

Quand nous nous sommes installés à Bruxelles, un peu plus d'un an après la naissance de notre deuxième garçon, ma situation professionnelle s'était encore consolidée et la sienne s'était encore fragilisée parce qu'elle quittait un pays dont elle était fonctionnaire. C'est-à-dire qu'à moins de trouver de l'emploi dans une institution de la république française en Belgique, elle était condamnée à renoncer à ses acquis d'ancienneté et à la sécurité de l'emploi que lui conférait son statut de fonctionnaire. (Le fait est qu'elle avait la possibilité d'entrer dans une institution française en Belgique, mais à ce moment elle avait déjà décidé de partir et de confisquer les enfants.)

C'est dans ces circonstances qu'elle est partie avec notre petit en prétextant des vacances et qu'elle n'est pas revenue. Durant des séjours précédents en France, elle avait préparé un dossier avec un avocat local. Et la dernière fois qu'elle est revenue, c'était pour emmener le petit qu'elle savait qu'elle ne pourrait pas enlever parce que jamais il n'aurait couru vers elle si elle s'était présentée à la crèche, comme ce fut le cas quand elle est venue enlever le grand à l'école.

Bref, elle se taille, elle m'attaque en justice en France et elle vient furtivement enlever le deuxième enfant à l'école tandis que je suis au travail. La chronologie vous l'avez en partie dans le post précédent.

Que puis-je tirer comme conclusions de cette histoire, de notre histoire, pour répondre à cette question :

Qu'est ce qui fait que les mères enlèvent plus leurs enfants que les père ne le font?

La question de l'autonomie, notamment financière, et de la fragilisation sociale de la femme mère en contraste avec la consolidation sociale de l'homme père n'est pas inconnue. Elle n'est pas particulière à mon histoire familiale. Elle est étudiée de longue date par des chercheuses et des chercheurs féministes. Mais comme j'écris ici à brûle pourpoint, je n'ai pas de références à proposer. Certaines références se trouvent sans aucun doute au centre de documentation de l'Université des femmes, à Bruxelles.

Il est notoire que les femmes victimes de violence de la part de leur compagnon ont tendance, quand elles trouvent la force de se soustraire à cette situation, à quitter la maison, à fuir. Cette pratique est d'ailleurs jugée injuste depuis peu. Si bien que certaines dispositions légales ont été prises pour éloigner le compagnon du foyer, plutôt que d'obliger sa compagne à fuir.

La fuite n'est-elle pas la solution privilégiée par ceux qui sont en situation plus délicate? En couple avec des enfants, la femme est plus fragile et l'homme plus stable et indépendant socialement. Donc elle part et lui reste. Conséquence secondaire, l'homme est alors contraint d'assumer lui-même les tâches jusqu'alors dévolues à la femme. Mais la femme ne sort pas moins fragile de ce foyer sclérosé. Il lui faut trouver les ressources nécessaires à sa vie autonome. Bien souvent elle doit se tourner vers l'aide social ou pire le foyer d'accueil.

Digression :

Mon ex-compagne, depuis qu'elle est partie, est dans une situation relativement précaire. Elle n'a pas retrouvé de travail, mais son statut de fonctionnaire lui ouvre le droit à des prestations sociales un peu supérieures à celles auxquels les autres citoyens ont droit. Elle s'en sort tout juste. Mais n'est pas à l'abris d'un naufrage social. Notamment parce que les procédures judiciaires dans lesquelles nous sommes engagés lui ont imposé d'emprunter à la banque une somme qu'elle n'est pas certaine de pouvoir rembourser.

Pour ma part, je ne suis pas franchement ébranlé par la nécessité d'assumer les tâches ménagère. Je n'ai pas de problème de virilité à me servir de la serpillière et dans le meilleurs des cas, je me fout un peu de l'état du sol. Pour ce qui est de la question socio-économique, je n'ai pas de problème particulier, j'ai gardé mon salaire et j'ai pu emprunter à des amis (ou recevoir d'eux) plutôt qu'à la banque pour assumer les frais de justice.

Voilà, je suppose donc que si les femmes sont plus promptes à enlever leurs enfants, c'est parce que les hommes, même dans une situation où le couple parental devient insupportable, sont dans la plupart des cas plus solides dans cette situation que les femmes. Ils n'ont pas vraiment de raisons matérielles pour partir et ils jouissent d'une autonomie que n'ont souvent pas leur compagne. Pour elle, partir c'est en quelque sorte s'émanciper. Il est vraisemblable que lors de négociations franches entre l'homme et la femme qui doivent mettre un terme à leur couple et leur vie commune, la femme ait moins de marge de manoeuvre et soit en position de faiblesse.

Par contre, quand elle sort du foyer et que des enfants sont au centre des enjeux (alors qu'ils n'ont rien demandé, eux), elle sait que les magistrats souvent réactionnaires et empreints des vieilles conceptions chrétiennes lui seront toujours plutôt favorables quant à la question de la garde des enfants. Mon ex-compagne me répétait toujours : "les enfants vont toujours avec la maman, ils ont besoin de leur maman!". Et le père, il pue de la gueule? Oups.

Il reste que cette pratique est parfaitement déloyale et irrespectueuse tant à l'égard des enfants qu'à l'égard du père de ces enfants. Elle est même parfaitement destructrice pour l'équilibre psychologique des enfants. [Et dans le cas de notre histoire, aurait pu être évitée si mon ex avait accepter d'entrer en médiation.]

Pour revenir à la réflexion.

En reprenant cette histoire depuis le jour où elle m'a dit qu'elle ne trouvait pas viril que je passe la serpillière et en croisant cela avec ce que j'ai pu lire de la transformation des rapports entre homme et femme au court de la vie d'un couple devenant couple parental, je pense pouvoir dire que tout ceci est un traquenard tendu à celles et ceux qui pensent que les femmes ont gagné une réelle égalité des droits et de traitement et à celles et ceux qui pensent que les hommes ont une place réellement confortable dans le foyer, dans le couple et dans la société.

Nous en sommes loin. Dans le couple parental, homme et femme restent aliénés, liés à des rôles salement sexués qui en cas de mésentente, de conflit, de mort de l'amour, induise aussi la destruction du respect élémentaire que l'on doit au père ou à la mère de ses enfants et à tout être humain. Elle en souffre, il en souffre et leurs enfants en souffrent. C'est "inhumain".

Pour conclure ce billet.

Nous ne trouvons pas de configuration équilibrée dans nos couples, dans nos relations amoureuses, dans nos alliances secrètes ou non, dans nos bouts de chemin ensemble qui deviennent des morceaux de vie ou des vies entières. Les vieux schémas qui puent reviennent au galop même quand on sait qu'il faut s'en départir. Le monde du travail et les institutions restent des obstacles à l'égalité entre homme et femme. Les hommes et les femmes en lien dans leurs relations amoureuses, intimes, au foyer et en dehors, restent désarmés face à leur aliénation dans le couple. Et les conséquences peuvent être désastreuses : de la petite frustration quotidienne au du malheur de ceux qui restent sans aimer, jusqu'aux déchirures qui font souffrir les enfants plus que toutes les vexations de l'école.
enfantsprison
Quel naufrage que de devoir en définitive faire appel à la justice, celle qui mets les toxicomanes et les désoeuvrés en prison, pour dire comment des enfants doivent vivre avec leur père et leur mère !

Il n'est pas question de voir dans ce que je viens d'écrire un quelconque plaidoyer pour donner plus de droits à la femme contre l'homme. Je pense qu'ils sont autant l'un que l'autre les victimes et les acteurs des rapports humains dans lesquels ils sont pris. Qu'il faut trouver dans chaque cas, dans chaque relation, les pratiques et les moyens que l'un et l'autre puissent s'épanouir sans se renier, en toute autonomie, dans un partage solidaire, fraternel et amoureux de tout ce qu'il y a à faire ensemble. Jamais une loi, jamais une directive ne permettra cela. Il faut l'inventer et l'imposer aux institutions.

Dans le cas de notre histoires, à mon ex-compagne, à mes enfants et à moi, je pense que nous avons déconné sur la relation et sur nos places respectives dans le couple. Mais je pense aussi que sur la "résolution", c'est elle qui a fait la conne. Enlever des enfants, attaquer en justice, plonger dans la marde au risque de tout déstructurer pour nos enfants, parce qu'elle pensait que la justice donnerait plus raison à "la maman" qu'au "monsieur", c'était une folie. Elle a cédé à ce qui avait l'apparence immédiate de la facilité. Aujourd'hui nous nous en mordons tous les doigts, et les doigts des nos enfants, de mes enfants, sont tout petits. Cette folie nous à tous plongé dans le désarroi, le mal-être et l'injustice.

Je n'ai plus qu'une chose à dire : prenez soin de vos amours et construisez avec elle et avec lui ce qu'il faut pour être libres ensemble et que le lien que vous nourrissez vous permettent d'aller plus loin, chacun et à deux.

Cedric.

Commentaires

Bonjour,
J'ai un peu regardé votre page et cela me touche beaucoup...Je suis maman, vivant dans le pays du papa dans une situation tres précaire et si je pouvais rentrer dans mon pays avec mon fils, je le ferais tout de suite donc je suis un peu l'ennnemie pour vous ;) Toutefois je trouve tres intéressant de parler avec d'autres parents et surtout avec d'autres papas des problemes liés aux enfants binationaux. Je pense que mon mail apparait, si vous voulez me contacter, ca me ferait plaisir car je ne veux pas exposer tout mon cas sur ce mur...

Écrit par : Ingrid | 06/06/2013

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