02/03/2007

Des leçons à tirer…

Voilà neufs mois que mon ex-compagne s’est taillée avec mes deux enfants.

Durant ces neufs mois, mes enfants me rapportaient régulièrement des phrases de chez leur mère. Des choses du genre « papa est méchant », « chez papa on mange tout le temps la même chose », « tu as volé les livres de maman » etc. Il était clair pour moi que leur mère leur bourrait le crâne. J’ai même pensé à ce que j’ai vu énoncé comme le syndrome d’aliénation parentale.

 

Comparant cette histoire avec une histoire passée de mon ex avec un autre père et un autre enfant qui ne se sont plus vu depuis de nombreuses années, j’ai conclu qu’elle avait l’intention de me séparer de mes enfants. Je ne suis pas certain que ce ne soit pas le cas. Mais avant-hier j’ai eu une entrevue avec elle dans un contexte médiatisé. Et elle a exprimé des sentiments à mon égard similaires à ceux que j’avais à son égard. Elle est convaincue que je bourre le crâne des enfants. Elle rapporte des phrases du même ordre que celles que me rapportent les enfants. Je ne sais pas vraiment quoi en penser, soit elle est vraiment dingue et vicieuse, soit j’ai fait fausse route. N’est-il pas vraisemblable que mes enfants assimilent notre méfiance mutuelle, notre animosité et métabolisent cela en nous balançant ces phrases à elle et à moi ?

 

Elle a expliqué dans cette entrevue qu’elle n’avait jamais dit aux enfants que j’étais méchant, mais que j’avais été méchant avec maman. Faisant référence aux pièces de mon dossier judiciaire. Pas étonnant que les enfants aient pu glisser facilement vers « papa est méchant ». Être méchant avec maman, c’est certainement être le mal absolu pour un enfant. Bref, pour ce que j’en sais, elle a déconné, mais peut-être pas bourré le crâne aux enfants. On n’implique pas les enfants dans les conflits qu’on a avec leur autre parent, c’est une énorme connerie. Mais ce n’est qu’une connerie, ce n’est pas vraiment de la malveillance. Enfin, à moins que je me trompe et que ma première impression était la bonne.

 

Voilà ce que j’en pense maintenant.

 

Je pense que la procédure judiciaire en droit de la famille pousse nécessairement à une inflation de violence qui éloigne radicalement les parents en conflit. Je pense aussi que dans la vie, toute vérité n’est pas bonne à dire. Quand on vit avec quelqu’un, ou simplement quand on est en relation avec quelqu’un, même si c’est une relation conflictuelle, on garde des égards pour cette personne. On a des stratégies relationnelles qui font que certaines choses au lieu d’être dites crûment, sont dites avec des formes. Il y a toujours des limites qu’on ne franchi pas, parce que sinon la vie deviendrait impossible. Mais seulement, quand on est dans un cadre médiatisé par la justice, il faut être clair, précis, simpliste. Il faut faire comprendre son point de vue à des magistrats qui ont peu de temps pour évaluer une situation et qui ne prendront jamais le temps d’étudier la réalité d’une famille en profondeur, surtout quand il s’agit de procédures en référé (procédures rapides). Donc on va vite, on balance des arguments crus, de façon cruelle, sur un mode qui n’existe pas dans la vie et qui n’a aucun égard pour autrui.

 

Il faudrait ensuite que des parents qui se sont déchirés devant la justice reprennent confiance l’un en l’autre et retrouvent un projet éducatif commun pour leurs enfants. Penser l’éducation des enfants d’un même regard, cela demande intelligence, confiance, symbiose et tendresse. La justice familiale termine de détruire tout cela quand le couple parental est déjà blessé.

 

La justice est sensée permettre de trancher ces conflits pour le meilleurs intérêt des enfants. Il n’est pas dans l’intérêt des enfants d’attiser l’hostilité entre leurs parents.  

 

Dans les pays anglo-saxon, on appelle cela « de la merde de taureau ».

 

Si vous pouvez vous passer de la justice, vous comporter en personnes responsables envers vos enfants, comme elle et moi n’avons pas été capables de le faire, surtout évitez ce détour destructeur.

Cedric.

14/01/2007

Chronologie synthétique et réflexion

Pour faire suite au billet du 11-01-07 (voici mon histoire), je voudrais vous livrer une réflexion pratique au sujet de la procédure de requête en retour sur Convention de La Haye régie par le Règlement Bruxelles II bis. J'en ai donné des éléments ça et là, mais je vais essayé d'être plus synthétique ici.

Pour cela, je vais reprendre la chronologie judiciaire de cette affaire. Elle se trouve de façon moins exhaustive et plus explicite dans le billet du 11-01-07.

Chronologie :

En bleu les faits, en noir les actions judiciaires :
(* procédure civile en Belgique / ** procédure communautaire)

(1) Mon plus jeune fils est enlevé par sa mère alors que jusque là nous vivions tous ensemble.

(2) Je fais une déposition à la police locale.

(3) J'introduis une requête unilatérale en extrême urgence par laquelle je demande qu'on me confie la garde des deux enfants et qu'on ordonne le retour du plus jeune.*

(4) J'obtiens une ordonnance qui fait droit à ma cause.*

(5) J'introduis la même requête en référé pour rendre le débat contradictoire (droit de la défense oblige).*

(6) J'introduis une requête en retour auprès de l'Autorité centrale du ministère belge de la justice (Convention de La Haye)**

(7) Mon plus grand fils est enlevé par sa mère à l'école alors que je suis au travail.

(8) J'introduis une requête en retour auprès de l'Autorité centrale pour mon grand fils.**

(9) Le ministère français de la justice saisi le tribunal compétent pour juger du retour de mes enfants.**

(10) Le tribunal de première instance de Bruxelles siégeant en référé rend une ordonnance qui remet sa décision à plus tard, qui reconnaît la résidence habituelle des enfants à Bruxelles (et donc la réalité de l'enlèvement) et qui dit attendre la décision française quant à la requête en retour.*

(11) Je transmets cette ordonnance au ministère français de la justice pour qu'il informe le tribunal compétent de la reconnaissance par la justice belge de l'effectivité de l'enlèvement et de la résidence habituelle des enfants à Bruxelles.

(12) A la lecture de cette ordonnance, le ministère français considère que la garde des enfants  été confié à la mère et demande au tribunal de se dessaisir de l'affaire.

(13) A ce sujet les deux ministères sont en conflit et ne parviennent pas à trancher. Ils renvoient le dossier pour avis à la Commission Européenne qui donne raison à la France.

(14) Je suis contraint de faire Appel de la décision de référé pour demander à la justice belge de... ne rien décider ! Pour que le ministère français soit contraint de poursuivre la procédure.*

(15) Entre temps, le tribunal français compétent informe le ministère qu'il refuse de se dessaisir et qu'il jugera l'affaire.** (Mais l'Appel court à Bruxelles.)

(16) Le tribunal français reconnais l'enlèvement et ordonne le retour des enfants chez moi.**

(17) Les enfants reviennent en Belgique.

(18) La Cour d'Appel de Bruxelles ne tient pas compte de ce jugement et confie la garde des enfants à la mère à titre précaire (en attente d'un jugement de fond par le tribunal de la jeunesse). Il désigne un expert pour évaluer la situation familiale et se prononcer sur ce qui est souhaitable pour les enfants. (Comble, il demande à l'expert d'évaluer la décision de la Cour d'Appel... c'est inédit.)*

(19) Les enfants retournent en France. L'expertise est en court.

En fait la réflexion dont je veux vous faire part est assez simple et directe :

engrenage

Les procédures civiles* dans lesquelles je me suis engagé en Belgique sont, en droit, parfaitement indépendantes de la procédure de retour prévue par la convention de La Haye**. Cela veut dire qu'en théorie les procédures civiles ne devrait interférer en rien dans la procédure de retour. Éventuellement, des ordonnances de tribunaux* peuvent être considérées à titre indicatif par les ministères, le parquet et le tribunal saisi de la requête en retour**. Mais les décisions rendues par des tribunaux civil* ne doivent pas interférer avec la marche de la requête en retour**. La convention de La Haye** prévoit même que toutes les procédures engagées dans le pays de destination par le parent responsable du rapt doivent être bloquées et que les tribunaux doivent suspendre les procédures ainsi engagées. Ceci pour éviter qu'un parent enlève un enfant et aille faire valloir sa cause dans un pays dont les lois sont supposées lui être plus favorable (par exemple en France qui a tendance à couvrir ses nationaux quoi qu'il advienne).

Mais voilà, la pratique et la théorie ne se rencontre pas toujours. Et il faut constater que dans cette affaire, les décisions civiles belges* ont été très perturbantes pour la procédure de retour**. Créant un incident entre les ministère belge et français de la justice, renvoyant l'affaire devant la commission européenne** et m'obligeant à faire appel* d'une décision qui m'était relativement favorable.

Voici la conclusion que je tire de ceci :

Les procédures liées au Règlement Bruxelles II bis et à la Convention de La Haye sont encore mal maîtrisées, tant par les magistrats que par certains fonctionnaires des ministères en charge de faire suivre cette procédure (il faut noter cependant que l'équipe du ministère belge à l'air plutôt plus compétente que son homologue française). Ceci signifie qu'il vaut mieux aller à l'essentiel et simplifier au maximum les procédures. Ne pas compliquer la tâche de ceux qui sont en charge de la procédure en retour en introduisant des procédures civiles par ailleurs.

Bien que dans mon cas, il était indispensable que je fasse protéger judiciairement mon enfant resté en Belgique contre la menace d'enlèvement, la requête unilatérale introduite (3) et l'avalanche judiciaire qu'elle a déclanchée, a fini par perturber le processus. Si le tribunal saisi par le ministère français de la justice n'avait pas envoyé baladé le ministère quand celui-ci lui a demandé de se dessaisir, et au vu du résultat négatif que j'ai obtenu en appel, jamais je n'aurais obtenu le retour de mes enfants en Belgique. Il s'en ai fallu de très peu.

Si je n'avais pas saisi la justice civile belge, la procédure en retour n'aurait pas souffert et mes enfants me seraient revenus sans encombre. Cela aurait évité la saisine de trois juridictions (3), (5) et (14). Cela aurait évité beaucoup de fais. Le résultat aurait été meilleurs parce que nous serions en train d'attendre le jugement devant le tribunal de la jeunesse (seul habilité à décider des règles d'hébergement et à statuer sur l'autorité parentale) et mes enfants seraient revenu en Belgique par décision sur requête en retour et y seraient restés en attente du jugement qui aurait réglé le litige définitivement. Au lieu de cela, ils ont été baladés entre la France et la Belgique et la situation actuelle est des plus nébuleuses, laissant la porte ouverte à tous les coups bas et ne favorisant certainement pas le dialogue entre mon ex-compagne et moi.

Bref, si votre compagnon ou votre compagne enlève vos enfants, introduisez une requête en retour, prenez un avocat dans chacun des deux pays concernés et qu'ils fassent le forcing au niveau des deux ministères et du tribunal local pour que la procédure s'active et traîne le moins possible. Vous pouvez alors espérer voir revenir vos enfants dans les deux mois (six semaine à partir de la saisine du tribunal local). C'est énorme, mais à jouer les apprentis sorcier comme je l'ai fais, cela fait huit mois que j'attends et ce n'est pas fini. Et en plus de ça mes enfants ne savent vraiment pas où ils en sont.

Il faut encore noter que si les magistrats et les fonctionnaires connaissaient tous la procédure, tout ceci ne poserait pas le moindre problème...

Voilà pour la note technique.
C.

13/01/2007

Les femmes enlèvent plus leurs enfants que les hommes.

¿Por qué las madres raptan más que los padres? Why?

Pourquoi les mères enlèvent-elles plus leurs enfants que les pères ne le font?

I don’t know, je ne sais pas, no lo sé, ik weet het niet.

Mais j’ai une idée à ce sujet. Ce n’est pas du tout une idée fondée, c’est juste une réflexion. Une hypothèse, si on veut…

Ce que j’en pense vient de mon expérience personnelle et aussi de ce que je crois savoir de la façon dont change la situation des femmes qui vivent en couple lorsqu’elle et lui ont un ou des enfants.

Quand j'ai connu la mère de mes enfants et que j'ai emménagé avec elle, j'étais surpris qu'elle s'affaire à laver le sol à l'eau une fois par semaine. Moi qui ai vécu dans des fermes, j'ai plutôt tendance à négliger cet aspect des tâches du foyer. Cependant elle avait l'air d'y tenir. Un jour d'été, elle travaillait et j'étais à la maison. Et j'entrepris de passer l'aspirateur et de nettoyer le sol à l'eau. Pas que j'estimais que c'était nécessaire, loin de là, mais seulement que j'estimais que si cela faisait partie des tâches à faire, il n'y avait pas de raison qu'elle le prenne en charge seule. Quand elle est rentrée, elle a constaté que c'était propre (moi je ne voyais pas la différence) et sa réaction a été surprenante pour moi. Plutôt que d'apprécier que je prenne en charge cette tâche importante pour elle et ridicule pour moi, elle m'a dit : "je n'aime pas t'imaginer une serpillière à la main, ce n'est pas viril". Je suis d'abord resté coi. Vexé qu'elle n'apprécie pas et bousculé dans les convictions féministes qui ont forgé le parcours qui a fait un homme de l'enfant que j'étais. Après un moment, j'ai réagit en lui disant que je ne pensais pas que les femmes étaient nées avec un capital génétique qui les prédisposaient plus aux tâches ménagères que les hommes. Elle n'en démordait pas, mais elle fini, à la longue, par trouver commode de se départir de cette activité une fois sur deux. J'ai fini par imposer doucement un partage relativement équitable des tâches à la maison. Ce qu'elle refusait que je fasse, c'est la lessive. Parce que ses vêtements lui paraissaient trop précieux pour m'en confier les soins. Soit, pourquoi pas. Nous avons trouvé un équilibre là-dedans parce que du coup je mettait un point d'honneur à être plus assidu à d'autres tâches comme le nettoyage des chiottes (tâche éminemment féminine à en croire ce qui se passe dans la plupart des foyers).

Mais dès la naissance de notre premier enfant, les choses ont basculé. Bien que je savais, parce que je l'avais lu dans des enquêtes féministes sur le partage des tâches, que l'arrivée d'un enfant plongeait la femme dans les activités du foyer et renvoyait l'homme à l'extérieur, rien n'y a fait. C'est comme ça que ça s'est passé pour nous aussi.

D'abord son congé de maternité et mon entrée dans la vie professionnelle ont coïncidés. Donc elle était à la maison, à s'occuper du bébé et moi je travaillais. Donc quand je rentrais, tout était fait. Désireuse de se consacré à l'enfant, elle a prolongé son congé de maternité par un congé parental d'éducation (c'est un truc français qui permet à un parent d'être indemnisé jusqu'à trois ans pour l'éducation d'un enfant en bas age). Elle était fonctionnaire de l'état depuis plusieurs années et pensait qu'une pose dans sa carrière lui ferait du bien. Moi au contraire qui n'avait jamais été salarié, j'entrais donc dans la vie active. Autant dire qu'à partir de là, je me suis limité à faire le repas, les courses et à passer l'aspirateur une fois sur dix. Quand j'étais présent à la maison (le soir, les week-end) je prenais en charge les soins à l'enfant.

Progressivement, elle a perdu son autonomie financière. La totalité de son indemnité parentale passait dans le loyer et les charges, je prenais donc à mon compte tout le reste. Cela n'est pas sensé changer grand-chose. Elle avait 700 euro et moi 1500, j'aurais pu payer le loyer et les charges moi-même. Mais ça ne s'est pas fait comme ça. Donc pour toutes nos dépenses courantes, c'est ma carte bancaire qui tournait. Je lui laissais du liquide pour ses besoins et ses envies et pour ne pas avoir de contrôle sur ses achats. Mais voilà, dans les faits son autonomie financière était réduite. Il est arrivé qu'elle estime qu'il était utile d'acheter un meuble ou je ne sais quoi. Pour ça il fallait qu'elle m'en parle et qu'elle obtienne de moi que j'y consente. Si elle avais gardé ses 700 euro et que j'avais amputé mon salaire du loyer et des charges, ç'aurait été différent. Là, il m'est arrivé de céder à contre coeur. Je cédais généralement pour la seule raison qu'elle était de fait coincée financièrement et que je savais que si elle avait jouit de son autonomie financière elle ne m'aurait pas demandé mon avis. Ce que j'estimais légitime.

Bref, tout ça pour dire qu'à partir de ce moment, je travaillais, elle non, elle assumait la quasi totalité de ce qu'il y avait à faire au foyer et elle était dépendante de moi financièrement.

Quand nous nous sommes installés à Bruxelles, un peu plus d'un an après la naissance de notre deuxième garçon, ma situation professionnelle s'était encore consolidée et la sienne s'était encore fragilisée parce qu'elle quittait un pays dont elle était fonctionnaire. C'est-à-dire qu'à moins de trouver de l'emploi dans une institution de la république française en Belgique, elle était condamnée à renoncer à ses acquis d'ancienneté et à la sécurité de l'emploi que lui conférait son statut de fonctionnaire. (Le fait est qu'elle avait la possibilité d'entrer dans une institution française en Belgique, mais à ce moment elle avait déjà décidé de partir et de confisquer les enfants.)

C'est dans ces circonstances qu'elle est partie avec notre petit en prétextant des vacances et qu'elle n'est pas revenue. Durant des séjours précédents en France, elle avait préparé un dossier avec un avocat local. Et la dernière fois qu'elle est revenue, c'était pour emmener le petit qu'elle savait qu'elle ne pourrait pas enlever parce que jamais il n'aurait couru vers elle si elle s'était présentée à la crèche, comme ce fut le cas quand elle est venue enlever le grand à l'école.

Bref, elle se taille, elle m'attaque en justice en France et elle vient furtivement enlever le deuxième enfant à l'école tandis que je suis au travail. La chronologie vous l'avez en partie dans le post précédent.

Que puis-je tirer comme conclusions de cette histoire, de notre histoire, pour répondre à cette question :

Qu'est ce qui fait que les mères enlèvent plus leurs enfants que les père ne le font?

La question de l'autonomie, notamment financière, et de la fragilisation sociale de la femme mère en contraste avec la consolidation sociale de l'homme père n'est pas inconnue. Elle n'est pas particulière à mon histoire familiale. Elle est étudiée de longue date par des chercheuses et des chercheurs féministes. Mais comme j'écris ici à brûle pourpoint, je n'ai pas de références à proposer. Certaines références se trouvent sans aucun doute au centre de documentation de l'Université des femmes, à Bruxelles.

Il est notoire que les femmes victimes de violence de la part de leur compagnon ont tendance, quand elles trouvent la force de se soustraire à cette situation, à quitter la maison, à fuir. Cette pratique est d'ailleurs jugée injuste depuis peu. Si bien que certaines dispositions légales ont été prises pour éloigner le compagnon du foyer, plutôt que d'obliger sa compagne à fuir.

La fuite n'est-elle pas la solution privilégiée par ceux qui sont en situation plus délicate? En couple avec des enfants, la femme est plus fragile et l'homme plus stable et indépendant socialement. Donc elle part et lui reste. Conséquence secondaire, l'homme est alors contraint d'assumer lui-même les tâches jusqu'alors dévolues à la femme. Mais la femme ne sort pas moins fragile de ce foyer sclérosé. Il lui faut trouver les ressources nécessaires à sa vie autonome. Bien souvent elle doit se tourner vers l'aide social ou pire le foyer d'accueil.

Digression :

Mon ex-compagne, depuis qu'elle est partie, est dans une situation relativement précaire. Elle n'a pas retrouvé de travail, mais son statut de fonctionnaire lui ouvre le droit à des prestations sociales un peu supérieures à celles auxquels les autres citoyens ont droit. Elle s'en sort tout juste. Mais n'est pas à l'abris d'un naufrage social. Notamment parce que les procédures judiciaires dans lesquelles nous sommes engagés lui ont imposé d'emprunter à la banque une somme qu'elle n'est pas certaine de pouvoir rembourser.

Pour ma part, je ne suis pas franchement ébranlé par la nécessité d'assumer les tâches ménagère. Je n'ai pas de problème de virilité à me servir de la serpillière et dans le meilleurs des cas, je me fout un peu de l'état du sol. Pour ce qui est de la question socio-économique, je n'ai pas de problème particulier, j'ai gardé mon salaire et j'ai pu emprunter à des amis (ou recevoir d'eux) plutôt qu'à la banque pour assumer les frais de justice.

Voilà, je suppose donc que si les femmes sont plus promptes à enlever leurs enfants, c'est parce que les hommes, même dans une situation où le couple parental devient insupportable, sont dans la plupart des cas plus solides dans cette situation que les femmes. Ils n'ont pas vraiment de raisons matérielles pour partir et ils jouissent d'une autonomie que n'ont souvent pas leur compagne. Pour elle, partir c'est en quelque sorte s'émanciper. Il est vraisemblable que lors de négociations franches entre l'homme et la femme qui doivent mettre un terme à leur couple et leur vie commune, la femme ait moins de marge de manoeuvre et soit en position de faiblesse.

Par contre, quand elle sort du foyer et que des enfants sont au centre des enjeux (alors qu'ils n'ont rien demandé, eux), elle sait que les magistrats souvent réactionnaires et empreints des vieilles conceptions chrétiennes lui seront toujours plutôt favorables quant à la question de la garde des enfants. Mon ex-compagne me répétait toujours : "les enfants vont toujours avec la maman, ils ont besoin de leur maman!". Et le père, il pue de la gueule? Oups.

Il reste que cette pratique est parfaitement déloyale et irrespectueuse tant à l'égard des enfants qu'à l'égard du père de ces enfants. Elle est même parfaitement destructrice pour l'équilibre psychologique des enfants. [Et dans le cas de notre histoire, aurait pu être évitée si mon ex avait accepter d'entrer en médiation.]

Pour revenir à la réflexion.

En reprenant cette histoire depuis le jour où elle m'a dit qu'elle ne trouvait pas viril que je passe la serpillière et en croisant cela avec ce que j'ai pu lire de la transformation des rapports entre homme et femme au court de la vie d'un couple devenant couple parental, je pense pouvoir dire que tout ceci est un traquenard tendu à celles et ceux qui pensent que les femmes ont gagné une réelle égalité des droits et de traitement et à celles et ceux qui pensent que les hommes ont une place réellement confortable dans le foyer, dans le couple et dans la société.

Nous en sommes loin. Dans le couple parental, homme et femme restent aliénés, liés à des rôles salement sexués qui en cas de mésentente, de conflit, de mort de l'amour, induise aussi la destruction du respect élémentaire que l'on doit au père ou à la mère de ses enfants et à tout être humain. Elle en souffre, il en souffre et leurs enfants en souffrent. C'est "inhumain".

Pour conclure ce billet.

Nous ne trouvons pas de configuration équilibrée dans nos couples, dans nos relations amoureuses, dans nos alliances secrètes ou non, dans nos bouts de chemin ensemble qui deviennent des morceaux de vie ou des vies entières. Les vieux schémas qui puent reviennent au galop même quand on sait qu'il faut s'en départir. Le monde du travail et les institutions restent des obstacles à l'égalité entre homme et femme. Les hommes et les femmes en lien dans leurs relations amoureuses, intimes, au foyer et en dehors, restent désarmés face à leur aliénation dans le couple. Et les conséquences peuvent être désastreuses : de la petite frustration quotidienne au du malheur de ceux qui restent sans aimer, jusqu'aux déchirures qui font souffrir les enfants plus que toutes les vexations de l'école.
enfantsprison
Quel naufrage que de devoir en définitive faire appel à la justice, celle qui mets les toxicomanes et les désoeuvrés en prison, pour dire comment des enfants doivent vivre avec leur père et leur mère !

Il n'est pas question de voir dans ce que je viens d'écrire un quelconque plaidoyer pour donner plus de droits à la femme contre l'homme. Je pense qu'ils sont autant l'un que l'autre les victimes et les acteurs des rapports humains dans lesquels ils sont pris. Qu'il faut trouver dans chaque cas, dans chaque relation, les pratiques et les moyens que l'un et l'autre puissent s'épanouir sans se renier, en toute autonomie, dans un partage solidaire, fraternel et amoureux de tout ce qu'il y a à faire ensemble. Jamais une loi, jamais une directive ne permettra cela. Il faut l'inventer et l'imposer aux institutions.

Dans le cas de notre histoires, à mon ex-compagne, à mes enfants et à moi, je pense que nous avons déconné sur la relation et sur nos places respectives dans le couple. Mais je pense aussi que sur la "résolution", c'est elle qui a fait la conne. Enlever des enfants, attaquer en justice, plonger dans la marde au risque de tout déstructurer pour nos enfants, parce qu'elle pensait que la justice donnerait plus raison à "la maman" qu'au "monsieur", c'était une folie. Elle a cédé à ce qui avait l'apparence immédiate de la facilité. Aujourd'hui nous nous en mordons tous les doigts, et les doigts des nos enfants, de mes enfants, sont tout petits. Cette folie nous à tous plongé dans le désarroi, le mal-être et l'injustice.

Je n'ai plus qu'une chose à dire : prenez soin de vos amours et construisez avec elle et avec lui ce qu'il faut pour être libres ensemble et que le lien que vous nourrissez vous permettent d'aller plus loin, chacun et à deux.

Cedric.

07/01/2007

Que reste-t-il à gagner?

De tout temps les femmes ont été maintenues dans des statuts subalternes de dépendance et de soumission, reléguées aux tâches privées, exclues de la sphère publique, de la prise de décision, contraintes de travailler plus dur pour des conditions d’emploi et de rémunération plus médiocres que les hommes. Contraintes aussi d’assumer à la fois le travail hors de la maison et souvent la totalité du travail domestique. Aliénées à l’extrême, sans droit de contrôle même sur leur fécondité, privées de la liberté de jouir librement de leur propre corps…

 

Il fallait qu’elles prennent les choses en mains, qu’elles s’opposent à l’oppression, qu’elles obtiennent l’égalité des droits et l’égalité de traitement en toutes matières.

 

- A travail égal, salaire égal !

- Liberté de la contraception et de l’avortement.

- Egalité politique.

- Partage du temps de travail et partage des tâches ménagères.

 

La route a été longue et nous ne sommes pas encore arrivé au bout.

Il a fallu réfléchir, manifester, s’opposer violement à la répression. Elles se sont entendues dire qu’à réclamer l’égalité elles allaient perdre leur identité de femme. Mais toutes blondes qu’elles fussent, elles maîtrisaient les mathématiques. Et savaient que le contraire de « égal » n’est pas « différent » mais est « inégal », qu’il fallait revendiquer l’égalité et la différence.

 

En Belgique les grévistes de la Fabrique Nationale ont donné une forte impulsion au mouvement féministe. Sur les trottoirs, les hommes regardaient défiler leurs compagnes et leurs sœurs, ils leurs donnaient raison, mais ils étaient peu à les rejoindre.

 

Le mouvement pour la liberté de l’avortement a gagné une ampleur inouïe, la population, les femmes en tête, a renversé les structures rétrogrades d’une société trop vieille. Ce fut l’emballement pour la liberté de mœurs, les vieilles institutions n’en touchaient plus une, tout dans la société explosait contre elles.

 

Les femmes ont pensé leur condition, ont pris les choses en mains et ont inventer une place pour elles dans une société qui ne les considéraient pas comme citoyennes à part entière.

Symboliquement elles ont gagné sur toute la ligne. Dans les fait, rien n’est acquis. Certes, elles jouissent de droits théoriques, elles ont gagné le droit à la parole, leurs droits politiques. L’avortement est dépénalisé, leur intégrité physique et morale est garantie par la loi. Mais le partage des taches ménagères n’est pas réalisé, surtout dès la naissance du premier enfant. Elles sont toujours moins payées que les hommes pour un même travail. Elles sont surreprésentées parmi les chômeurs. Elles restent les principales victimes de la violence faite aux personnes. Elles sont sous-représentées à tous les niveaux de décision et de pouvoir. Et la liste peut s’allonger indéfiniment.

 

Pourtant, les rapports entre les hommes et les femmes ont changé profondément, sous l’effet de la lutte des femmes. Parce qu’elles ont décidé de mettre un terme à leur oppression. Maintenant elles peuvent dire non quand elles ne veulent pas, et elles le font. Elles sont devenues capables d’autonomie, financière, décisionnelle et affective.

 

Ce chemin elles l’ont fait seules, les réflexions et les actions qui les ont mené ici, ont été faites par les femmes et pour les femmes. Et les conditions de départ étaient tellement accablantes que le chemin parcouru en quelques années est étonnant.

 

Mais voilà, il est temps à la fois de faire le bilan et de regarder ce qui fait défaut. Au-delà des défaites, au-delà de ce qui n’a pas abouti ou de ce qui ne restent que des acquis de principe, il y a des écueils profonds. Des écueils que l’on doit autant à la force et la violence des réalités sociales dont les femmes voulaient se libérer, que du manque d’engagement des hommes dans le processus d’émancipation.

 

La place des femmes dans la société et auprès de leurs frères et compagnons a été repensée et a changé. Les rapports sociaux dans lesquels sont pris les femmes ont changé. Mais la place des hommes dans ces configurations est restée presque identique. Ils n’ont pas fait le chemin avec leurs sœurs et leurs compagnes. Elles ont avancé et eux non, ils sont restés en arrière sur la route.

 

Aujourd’hui, face aux femmes, à leurs droits acquis, à leur droit de parole, à leur autonomie dans tous les domaines de la vie, les hommes sont perdus. Ils n’ont pas trouvé leur place et aucune place n’a été pensée pour eux. Ni par eux, ni par les femmes.

 

Ici, c’est cette question que je voudrais envisager. Quelle place les hommes doivent-ils aujourd’hui trouver auprès de leurs sœurs et de leurs compagnes. Parce ce que ce que nous vivons aujourd’hui, hommes et femmes, dans la vie affective, dans la vie au travail, dans les loisirs, dans les foyers, avec nos enfants, c’est une situation aliénante où personne ne semble trouver son compte et où le mode de relation semble bien plus basé sur le conflit et le reproche mutuel que sur la fraternité, la coopération, la solidarité et l’amour.

 

« Tu as voulu ta liberté, et bien démerde-toi » disent-ils. (Sur l'air puant de "être une femme libéré... gna gna gna")

 

« Assume et écrase-toi » disent-elles.

 

Moi j’ai juste envie de lui dire que je l’aime et que je veux former avec elle, avec elles, un groupe solide et égalitaire (disons solid-aire) dans lequel elle et moi sommes libres, sereins et heureux. Je veux de la fraternité et de l’amour. Je veux que ce que nous bâtissions ensemble soit la voie de notre émancipation, même l’un de l’autre.

 

Tout reste à inventer. Le mouvement féministe n’a pas permis qu’une place se libère pour cela. Parce que les hommes ne s’y sont pas suffisamment engagés en tant qu’hommes. Parce que quand ils se sont battus auprès de leurs sœurs c’était pour elles en s’oubliant eux.

 

A nous maintenant, main dans la main avec nos soeurs et nos compagnes, de faire le chemin qui nous rendra la liberté et nous permettra de ne plus souffrir de l’existence de l’amour.

 

Chronologie du statut de la femme et du mouvement féministe en Belgique >>

17/09/2006

Introduction (objectifs)

Le monde bouge... lentement.

 

Les normes et les lois mettent beaucoup de temps à intégrer les avancées sociales et culturelles. Le cas du droit de la famille en est un triste exemple.

 

Les combats féministes ont échoués sur bien des fronts. "A travail égal salaire égal" n'est resté qu'un slogan, l'accès des femmes aux statuts valorisés est minime, les femmes n'obtiennent un réel accès aux lieux de décisions (conseils communaux, parlements régionaux, parlements nationaux) que quand le pouvoir effectif quitte ces lieux de décision pour d'autres (parlements européens, conseil de l'Europe, organisation internationales, etc.).

 

Elles ont pourtant acquis deux choses. La première c'est que leur intégrité physique et morale soit reconnue (ce qui ne veut pas dire respectée). La seconde c'est que le partage des tâches et des responsabilités dans le foyer puisse être discuté. Pourtant, même alors que le partage des tâches au foyer est reconnu comme un droit, de façon très générale l'arrivée d'un premier enfant réduit toute velléité égalitaire à néant.

 

Le fait que les femmes sont encore et toujours unanimement considérées comme les responsables absolues et uniques de l’enfant et du foyer quand s’y trouve un enfant est une aliénation qui mérite d’être discutée. La naturalisation de l’activité de prédilection de la femme réduite au rôle de mère n’est cependant pas une aliénation que pour elle. L’injustice de cette façon de concevoir le monde de la famille (et du même trait, le monde du travail) est aussi une injustice pour l’homme qui est réduit par complémentation au rôle de « public relation » et de « chef de ménage ». Chef dont il n’a d’ailleurs que le titre puisqu’il reste sans presque aucun droit réel à propos des enfants si un conflit venait à intervenir dans le couple parental.

 

L’objet de ce blog est triple :

 

- Faire un bilan partiel de ce que nous ont apporté les luttes et les études féministes et de ce que le combat féministe n’a pas obtenu.

 

- Actualiser la pensée féministe en l’appliquant à l’homme en tant que classe minorisée. C’est une tâche ardue. L’homme détenteur de la domination politique et économique est pourtant lui aussi enfermé dans des rôles qu’il n’a pas d’autre choix que d’assumer.

D’une part, alors que le corps de la femme a enfin été exploré par un égard que les féministes ont réussi à imposé, celui des hommes reste ignoré et sa sensualité est niée.

D’autre part, l’homme à qui l’on a demandé de partagé le pouvoir tant dans les sphères publiques que privées, se retrouve maintenant face à des injonctions contradictoires dans le cadre de la vie de couple et de famille. Assume! lui dit-on. Mais qu’il ne s’avise pas de le faire.

 

- Apporter un éclairage sur ce qui arrive aux hommes qui ont décidé de prendre pleinement en main l’éducation de leurs enfants et d’assumer leur rôle de père de façon soutenue, lorsqu’ils entrent en conflit avec la mère de leurs enfants… et que la justice s’en mêle. En particulier, je partagerai ici mon expérience de la façon dont la justice belge, française et communautaire traite l’enlèvement parental international de deux enfants en bas age. Mettant le savoir acquis dans la longue route qui mène à la résolution du conflit au service des parents qui sont et seront confronté à la Convention de La Haye, au règlement communautaire « Bruxelles 2 bis » de 2003 et à la façon pusillanime que les magistrat ont de les mettre en pratique.